G.L.M. les Genevez, Lajoux, Montfaucon.

Du projet d’implantation d’une place d’armes aux Franches-Montagnes, à la création du syndicat GLM

 

Sources puisées dans la brochure « La conspiration déjouée » d’André Froidevaux

 

En 1955, le maire des Genevez apprenait incidemment, par un agriculteur du village, qu’un émissaire du Département fédéral démarchait auprès des propriétaires de domaines pour acquérir leurs terres, en vue d’établir une place pour blindés dans la Courtine, alors dépendante du district de Moutier. Des velléités d’implantation militaire avaient déjà émergé depuis les années 1930. Cette fois-ci, les démarches étaient bien plus sournoises et l’objectif final non avoués. Les sommes proposées défiaient toute concurrence et s’avéraient très incitatives pour les propriétaires de domaines confrontés souvent à la précarité ou déchirés par des problèmes de successions. Une pétition lancée dans les communes alentours montra alors la farouche opposition de la population à toute implantation de place d’armes.

 

En 1956, le Conseil fédéral renonce à présenter un message d’achat des terrains convoités aux Chambres fédérales, mais un mois plus tard, le Grand Conseil bernois vote un crédit de 2,47 millions pour l’achat des fermes ayant fait l’objet de droit de préemption en faveur de la Confédération.

 

Etaient concernés, l’hoirie Sarrasin sur la commune de Montfaucon, le Pré de la Seigne, le Droit des Combes et l’Envers des Combes, sur la commune de Lajoux, les fermes des Joux, les Neufs Prés, ainsi que le Bois Rebetez Dessus et Dessous. Ce ne sont pas moins de 265,5 hectares, acquis pour la somme de 2'498’050 francs qui seront versés pour des exploitations dont la valeur officielle se montait au total à 564’853 francs, soit 4,4 fois plus cher. Le Gouvernement bernois réaffirmait en 1957 que «ces terres avaient été principalement rachetées pour empêcher une affectation de ces immeubles contraire aux vœux de l’opinion publique de la région». Chacun pensa donc le danger éloigné.

 

Pourtant tout recommence, plus sournoisement en 1962, lorsque le conseiller fédéral Paul Chaudet propose d’implanter une station chevaline d’acclimatation. Chacun comprend la ruse d’utiliser l’amour du cheval des francs-montagnards pour vaincre leurs résistances et les enjoindre à accepter une nouvelle implantation militaire. Ce projet semblait une bonne stratégie fédérale et une bonne opportunité en vue de freiner ou de surveiller les ardeurs séparatistes de la région. Les communes de Lajoux, Les Genevez et Montfaucon s’opposent unanimement, soutenues en cela par les municipalités alentours. Une mise à ban des pâturages des trois communes visées attise la colère de la population et durcit le mouvement d’opposition. Faisant fi de ses promesses ultérieures, le Grand Conseil bernois vend alors les domaines acquis à la Confédération pour 3,6 millions.

 

En mars 1963 un comité d’action contre la place d’armes (CAFM) se crée, légitimant l’opposition à cette implantation. Des divergences de vues internes amènent toutefois un durcissement des positions les plus radicales et ainsi le Mouvement des Militants francs-montagnards voit le jour. Il est rejoint par des jeunes, des enseignants et des artistes comme Coghuf, dont l’affiche « Sauvez les Franches-Montagnes » est devenue emblématique de la lutte. De nombreux communiqués de presse tentent d’alerter et de sensibiliser la Suisse à cette problématique.

 

Cette lutte donne des arguments supplémentaires au mouvement séparatiste. Naît alors, subitement en avril 1963, le Front de libération du Jura (FLJ), qui se manifeste pour la première fois par la revendication de l’incendie de la ferme des Joux. En réponse, la présence et la répression policière se fait très lourde. Les opposants à la place d’armes sont alors assimilés à des suspects. Des récompenses sont promises aux informateurs. Le mouvement se politise : le rassemblement jurassien demande un arbitrage à la Confédération dans le problème qui l’oppose au canton de Berne tout en protestant contre le projet de place d’armes.

 

Cet incendie est unanimement contesté, mais il marque un tournant dans la prise en compte de cette lutte par les autorités fédérales. Un nouvel incendie détruit la ferme de Sous la Côte en juillet 1963. Un appel à tous les maires de suisse est fait à l’occasion du premier août et une manifestation populaire aux Genevez  soutenue par les partis PDC et PCSI réunit une foule innombrable qui appelle au respect de la volonté populaire. Une nouvelle manifestation en 1964 avec les Journées «Sauvez les Franches-Montagne» réunit quelque 8000 personnes qui réaffirment leur opposition à toute implantation militaire. Une semaine plus tard, le conseiller fédéral Paul Chaudet est hué et contraint à quitter les lieux, lors d’une commémoration de la du 25ème anniversaire de la mobilisation aux Rangiers.

 

L’année suivante ouvre les feux à la négociation. Le Gouvernement bernois propose de renoncer à l’installation de l’école du train et de la cavalerie aux Franches-Montagnes, mais d’y transférer la station d’acclimatation pour jeunes chevaux du Sand, projetée près de Berne. Cette proposition divisera encore les opposants et aboutira à de nouvelles journées «Sauvez les Franches-Montagnes» en 1969, qui déboucheront sur la proposition de racheter les domaines concernés. Un accord de principe s’élabore pour que les communes des Genevez, Lajoux et Montfaucon les acquissent. Un nouvel incendie à la ferme du Bois Rebetez, en juin 1969, dont l’auteur ne sera pas identifié, sème la confusion et la colère chez les militants, qui en avaient reconstruit le toit.

 

En début 1970, le prix de rachat des 289 hectares est fixé à 3,8 millions par la Confédération. Un projet touristique de grande envergure se confronte à l’opposition des Militants qui proposent la constitution d’une société coopérative de rachat. De vastes tergiversations s’ensuivent notamment sur la valeur de ces terrains. Finalement, les trois communes de Lajoux, Les Genevez et Montfaucon, acceptent,  en 1976, cette acquisition pour la somme de 1,35 millions de francs. Cet acte sera signé par Georges André Chevallaz, conseiller fédéral et les trois maires des communes concernées, Robert Humair, Norbert Brahier et Raymond Fleury. La même année, un ultime incendie, celui-ci de la ferme du Bois Rebetez Dessus, sera perpétré par deux jeunes autonomistes du Jura Sud.

 

Les domaines seront intégralement restitués à l’agriculture. Après d’âpres négociations, la Confédération concédera une remise d’un million de francs contre la promesse de renoncer pour les communes concernées, durant les cinquante années suivantes, à toute subvention ou crédit d’investissements fédéraux et cantonaux.

 

Les trois communes décident la reconstruction de deux fermes, celle du Bois Rebetez et celle des Joux, évidemment sans la subvention fédérale LIM escomptée à 500'000 francs, mais compensée par un don du Gouvernement de Bâle-ville et par le canton du Jura. L’inauguration des deux fermes, en mai 1981, marquera la fin du défi relevé contre toute implantation militaire dans la région. Actuellement, toutes les fermes sont habitées et les exploitations revivent.

 

Après le CAFM, Le GLM, syndicat intercommunal d’exploitation agricole GLM (les Genevez, Lajoux, Montfaucon) est constitué. Il est composé de neuf membres ; trois par commune et d’une assemblée des délégués composée de quinze personnes qui décident de l’occupation des lieux, de l’attribution des locations, de l’entretien des bâtiments et de l’élaboration et l’acceptation des budgets annuels. Chacune des communes verse une contribution annuelle de 6'000 francs. Le prix est lourd pour de petites communes, qui ont toutefois la satisfaction d’avoir abouti dans une lutte d’un demi-siècle, pour parvenir à créer le syndicat intercommunal d’exploitation agricole GLM (les Genevez, Lajoux, Montfaucon) et maintenir leurs terres à la nature.

 

 

 

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